Génération GoPro : je me vois donc j’existe

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Atlantico : L’entrée triomphale de la marque GoPro à la bourse de New York fin juillet témoigne de la tendance fulgurante des jeunes à filmer leurs expériences, tendance qui les engage par ailleurs dans une course au sensationnalisme. Peut-on parler d’un besoin spécifique de la jeunesse d’aujourd’hui de mettre en images sa vie ? Comment l’expliquer ?Nathalie Nadaud-Albertini : Dans le cas de GoPro, l’idée est de promouvoir que chacun peut être un héros. Pendant plusieurs années, la marque a incité les jeunes à filmer des scènes où ils apparaissaient dans des situations extrêmes. Actuellement, c’est un chien à deux pattes qui en est la mascotte, l’idée étant d’utiliser le thème du handicap pour montrer que « la vie, c’est 10% de ce qui nous arrive, 90% de ce qu’on en fait ».

Les jeunes qui mettent leur vie en images, notamment par des vidéos extrêmes, répondent à ce slogan, même sans le savoir. C’est-à-dire qu’ils veulent montrer qu’ils font quelque chose de leur vie, qu’ils sont capables de réussir, de gérer le danger, la peur ou les aléas de la vie et d’en triompher. Autrement dit, qu’ils ont les ressources identitaires nécessaires pour correspondre aux canons de l’individualisme contemporain tel qu’il s’amorce dans les années 60. Car, c’est bien au besoin spécifique de répondre aux normes de l’individualisme contemporain que correspond la mise en images de soi.

Pour expliquer rapidement cette normativité, on peut dire que jusque dans les années 60, l’individu se devait de suivre le sentier d’un destin collectif balisé de cadres objectifs et stables : des règles, des normes, des hiérarchies, des comportements fixes et automatiques, et des rapports d’autorité et d’obéissance. Dans la seconde moitié du XXème siècle, c’est une autre normativité qui apparaît. En effet, l’individu contemporain se doit d’inventer sa vie en la dotant d’un sens personnel, et ce à partir de ressources et de compétences qui lui sont propres. Enjoint de faire preuve d’initiative, de performance et d’authenticité, l’individu actuel se trouve face à une contrainte intérieure ouvrant son identité à l’indétermination. Dès lors, la question centrale pour lui n’est plus ce qui lui est permis de faire, comme dans la première moitié du XXème siècle, mais ce qui lui est possible de faire. L’individu contemporain doit répondre à une norme identitaire lourde selon laquelle il pourrait tout réaliser à condition de s’en donner les moyens.

Cette norme s’est trouvée renforcée par la crise. En effet, l’individu actuel est toujours enjoint d’être un forceur de possibles alors que le contexte économique et social ferme le champ des possibles. Cette situation est d’autant plus difficile à vivre quand on est jeune et que l’on doit construire sa vie. D’où le besoin spécifique de mettre en images sa vie pour montrer que l’on est capable de la bâtir et de la réussir. A ce besoin répondent également des technologies qui permettent de se mettre en scène sous cet angle, en héros, de l’extrême ou du quotidien, répondant aux normes d’initiative, d’authenticité et de performance de l’individualisme contemporain.
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